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La Patho-Geoire

Comment un bébé peut-il investir son corps privé d’amour, de sein et de contact maternel ?

Comment trouver l’enveloppe psychique qui répond au fantasme de retour intra-utérin, de retour dans l’immersion du liquide amniotique, espace d’avant la séparation…

Voilà un petit corps fragile, un corps qui bouge à peine. Des mouvements étriqués, inhibés, dépourvus de motricité…Des yeux qui observent, balaient les mouvements d’autrui autour, un peu comme pour les vivre par procuration.

Alors, l’adulte devant ce constat de déprivation de l’être, réfléchi et imagine des solutions pour combler et compenser, le plus naturellement possible : ce manque.

Stimuler les sens, l’envie, la curiosité, permettre au petit être d’affronter ses peurs, de devenir enfin, acteur de son corps, de son être !

Faire et apporter du plaisir à l’enfant. L’adulte dans une démarche de volonté de construire et de venir en aide, projette alors sur l’enfant ses désirs et la capacité qu’il aura à trouver sa place dans l’eau.

C’est parce que l’eau brille, qu’elle bouge, qu’elle calme, qu’elle éclabousse, qu’elle génère des sensations uniques qu’elle peut devenir pour l’enfant placé un élément transitionnel. Une sorte de médiateur. Elle permettrait fantasmatiquement de réunir la mère à son enfant.

 Une incorporation du corps et de l’esprit, au même titre que l’enfant, à son tour, éprouve le besoin d’incorporer ce liquide nourricier.

 

Pourquoi tu n'aimes pas arrêter de jouer?

Tu es en plein jeu, tu joues à faire semblant, tu es sur un jeu interactif passionnant et la personne qui s'occupe de toi te demandent d’arrêter pour venir à table ou aller te brosser les dents !

C’est trop dur et insupportable ! non, non et non !!Tu préfères rester avec ton jeu. Je vais t’expliquer pourquoi : Tu es dans un moment de plaisir, tu t’amuses bien. Puis, on te demande de passer un peu de l’autre côté, comme dans un autre monde mais ce n’est pas le monde magique que tu voudrais, c’est le monde de la réalité. Celui qui demande de ranger, de se laver, se nourrir, dormir…Tout ce que tu n’aimes pas trop !

Alors ? c’est pour cela que tu résistes parfois et que tu préfères rester dans le monde du plaisir !

Mais, grandir : Veut dire passer un peu dans le monde de la réalité. C’est nécessaire pour que tu sois bien dans ta tête sinon tu vas rester petit.

LE POUVOIR DE CHOISIR

Que préfères-tu ? Le bleu ou le violet ?

Proposer des petits choix, sans grosses incidences prépare l’enfant à prendre confiance, pour qu’il se positionne dans ses envies et ses besoins. L’idée est loin de proposer à chaque fois et pour tout, cela vous rendrait fou et l’enfant avec. Toutefois, dès l’âge d’un an et demi environ, deux ans, si vous faites des achats de vêtements par exemple vous pouvez faire une sélection entre deux articles et demander à l'enfant de choisir la couleur. idem pour son dessert ou le jeu à venir.

L’enfant est sollicité, on lui demande, à lui, ce qu’il préfère !

L'adulte doit bien doser la demande de choix car l’enfant doit bien garder dans sa représentation et son ressenti que l'adulte c’est vous et que c’est vous et à juste titre vous décidez des choses importantes. Toutefois, le fait d’initier des petits choix lui permet de devenir une petite personne. Une entité à lui seul, être dans une forme d’intégrité physique et morale : Etre dans l’individuation, ce qui le rend créatif, ce qui le distingue d’un autre enfant. Lorsque les enfants grandissent en collectivité, les choix sont plus rares et pourtant ont la même importance et pour cause: Le fait de ne jamais choisir pour soi-même ralentit la prise de confiance en soi, le développement de la personnalité et tout simplement le fait d'avoir du désir pour eux.

Rendez-le Acteur

Rendez le acteur

Ne fais pas ceci mais fais cela… Connaissez-vous l’expression : « C’est en forgeant que l’on devient forgeron ». En effet, il existe une différence majeure entre deux termes qui sont l’hétéronomie où c’est moi, le parent ou l’éducateur qui dit à l’enfant comment faire, et l’autonomie où je laisse l’enfant expérimenter et tirer des théories et des conclusions !

Très tôt déjà, il faut montrer au bébé qu’il est capable de faire certaines choses : aux alentours de dix mois déjà, au bras, prenez sa petite main et faites lui appuyer sur l’interrupteur pour éclairer et éteindre !

Victoria a 16 mois, le sol de l’appartement dans lequel elle vit avec ses parents est en carrelage. Victoria gribouille le sol au feutre puis dispose d’une éponge humide que sa mère lui a donnée et elle efface toute seule, comme une grande !

Margaux, 18 mois,  en pouponnière adore quand on lui demande d’aller mettre quelque chose dans la poubelle. Lounis, deux ans est ravi de poser son bol et son assiette en plastique sur sa petite table. Il vit en foyer.

Tous les enfants aiment participer et faire comme les adultes. C’est encore mieux que faire semblant, là c’est pour de vrai !

Vous pouvez tout imaginer, du moment que l’enfant ne présente aucun danger. Lui faire plonger les mains dans l’eau savonneuse de la vaisselle, passer la lavette sur la table…

Vous: Donneur de soin, êtes la personne la mieux placée pour déterminer si l’enfant peut faire ceci ou cela. Faites-vous confiance et faites lui confiance.

 

LA BOITE A TRESORS

Rien que le mot « boîte à trésor » suscite entrain et curiosité. Prenez par exemple une simple boîte à chaussures ou autre contenant de votre choix, vous le placerez dans une armoire car ce n’est pas un objet que l’on sort toutes les semaines. Dans cette boîte mettez y ce qui vous semble précieux affectivement. Lors d' une balade , vous avez trouvé une coquille d'escargot ou une belle pierre sculptée, vous pourrez la mettre dans cette boîte, la bougie du premier anniversaire de l' enfant, sa première dent…A chacun de faire fonctionner son imagination et son envie. 

L'enfant placé est bien souvent privé de biens personnels. Il doit tout en permanence partager avec les autres. Une simple boîte peut devenir un effet personnel précieux. A chacun sa boîte! Et l'intérêt c'est justement que l'on n'y trouve pas les mêmes objets.

Nous sommes dans une société actuelle où la consommation est au cœur d’un mode de vie, le fait d’apprendre à conserver certains objets montre l’intérêt de la matière et de notre volonté à rendre de beaux moments inoubliables.

Imaginez l’expression de l' enfant quand vous allez lui murmurer : « On va le placer dans la boîte à trésor, qu’en dis-tu ? ». Je vois d’ici son sourire radieux ! La boîte à trésor n’est pas en accès libre toutes les deux minutes, elle est à elle-même un trésor puisqu’elle en contient. Par conséquent il s’agit d’un objet que l’on doit sacraliser en le plaçant dans un lieu qui la garde. Cet aspect épisodique et presque exceptionnel donne à cette boîte et au regard de l’enfant un moment qui n’est pas commun. Lorsqu’on la sort, on sort des moments de souvenirs, des moments qui rappellent, qui font rire, des motions où l’on parle de soi, des moments précieux…L'idée étant que même lorsque l'enfant est orienté et qu'il quitte le lieu d'accueil, il pourra partir avec sa boîte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Intérieur/Extérieur/

Limites

Lorsqu’on parle de limite, cela nous renvoie vers plusieurs axes, notamment les limites corporelles entre l’intérieur et l’extérieur du corps, ce qui rentre et ce qui sort ; la bouche dans un premier temps puis l’anus dans un second temps. La bouche constitue le stade oral, c’est le lieu des premières expériences sensorielles importantes. Il s’agit pour l’enfant d’un mode reconnaissance des objets, matières et textures. Cela va lui permettre de reconnaître ce qui est possible de manger ou pas, de classer des objets et d’autre part, le fait de remplir sa bouche apporte la continuité du lien, du ressenti, remplit le vide. Par conséquent, inutile de vous lamenter, sachez que durant au moins toute la première année, le bébé mettra tout, absolument tout à la bouche, c’est ainsi et nous devons le respecter.

L’anus, quant à lui représente un sas, que l’enfant va réussir avec la maturité suffisante et nécessaire à ouvrir et fermer pour expulser ses selles.

C’est un moment du développement extrêmement important. On appelle ce stade « sadique-anal ».

Oui ! j’imagine votre surprise à la lecture du mot « sadique », je vais vous expliquer pourquoi.

Lorsque l’enfant d’environ deux ans et demi quatre mois - cela peut être de deux ans et demi  et qu'il a la capacité à contrôler ses sphincters. 

L’enfant comprend vite que réussir à déposer un pipi ou un caca dans le pot ravit les adultes aimants. Aussi, il va s’agir d’une « monnaie d’échange », c’est-à-dire que si l’enfant est bien dans sa vie, dans sa relation avec ses adultes, il défèquera sereinement, sans difficulté tandis que s’il y a des problèmes , l’enfant ne se sentant pas bien, celui-ci pourra soit retenir ses selles soit les expulser de manière inadaptée.

Farid est un garçon de trois ans et demi. Il a été placé dans une famille d’accueil aimante. Il est propre et tout se passe bien. Lorsqu’il est amené à revoir sa famille biologique qui a des droits d’hébergement, alors de retour dans la famille d’accueil il souille son slip, se fait caca dessus et il lui arrive de badigeonner le mur ou des objets ; Farid explique que quand il voit papa et maman, ça crie beaucoup et qu’on mange toujours des chips.

Farid a trouvé une place dans la famille d’accueil, après un parcours de placement collectif, il s’y sent bien et aimé. Cela représente l’intérieur.

Depuis quelques temps, il sort de la maison pour voir ses parents en visite : cela représente l’extérieur.

Jusqu’à présent l’acquisition de la propreté ne posait aucun problème. A ce jour, Farid ne sait plus où il en est, il se sent perdu. Alors qu’il avait trouvé un équilibre, il est à nouveau confronté à ses parents et à leurs difficultés. Farid ne maîtrise pas la situation, cela lui échappe, il ne maîtrise pas l’intérieur et l’extérieur, il ne maîtrise pas les sphincters. Conflit de loyauté entre la famille accueillante qui offre un cadre sécurisant avec des limites éducatives et sa famille biologique qui n’a pas de limites éducatives (le père fait régulièrement des séjours en prison) l’enfant qui dort avec les parents ou reçoit des punitions qui n’ont pas de sens avec l’âge de l’enfant où la difficulté rencontrée.